11-Septembre, la contre-enquête : Entretien avec Fabrizio Calvi

A l’occasion du dixième anniversaire des attentats du 11-Septembre, Fabrizio Calvi publie chez Fayard 11-Septembre, la contre-enquête. Il est aussi le réalisateur, avec Jean-Christophe Klotz, du documentaire Les routes de la terreur, diffusé en deux parties sur Arte le 31 août et le 7 septembre 2011. Entretien.

Rompu aux enquêtes au long cours, spécialisé dans les affaires de criminalité organisée et les services secrets, Fabrizio Calvi mène depuis 1972 des activités d’écrivain, de journaliste et d’auteur de films. A l’actif de cet ancien de Libération (1973-1981) et du Matin de Paris (1983-1984), une dizaine d’ouvrages et une vingtaine de films. Parmi ses sujets d’investigation : les guerres de la mafia en Sicile, le rôle joué par la France dans un vaste trafic d’uranium en provenance de Namibie en violation d’une résolution de l’ONU, les trafics d’armes et de drogue dans les Balkans, les liens entre la mafia et le magnat de la presse italienne Silvio Berlusconi, les services secrets pendant la Seconde Guerre mondiale, le scandale du Crédit Lyonnais, l’affaire Elf, le terrorisme noir dans l’Europe de la guerre froide. De 2007 à 2010, il travaille à une vaste fresque sur le FBI. C’est alors que commence sa contre-enquête sur le 11-Septembre : trois ans à parcourir le monde, à la rencontre de plus de cent cinquante témoins directs. Son ambition : démonter l’engrenage implacable qui, dès 1979, mène aux attaques du 11 septembre 2001.

C’est après avoir visionné les deux épisodes des Routes de la terreur sur Arte, et plus encore après avoir écouté une interview de Fabrizio Calvi sur Europe 1, que j’eus l’idée de l’interviewer. Il déclarait en effet que « le seul mystère du 11-Septembre » résidait, à ses yeux, dans l’incroyable loupé de la CIA au sujet des deux terroristes Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdhar. Rappelons que ces deux terroristes avaient participé en janvier 2000 à un grand sommet d’Al Qaïda à Kuala Lumpur en Malaisie, où ils avaient été repérés par la CIA. Ils s’envolèrent ensuite vers les États-Unis, pour s’installer à San Diego, où ils vécurent au grand jour. La CIA savait qu’ils étaient aux États-Unis, mais jamais elle ne prévint le FBI de leur présence sur le sol américain. La CIA fit même tout son possible pour empêcher le FBI de le découvrir. Nul ne sait pourquoi la CIA a agi de la sorte. Pour appréhender ce manque de coopération, il faut se souvenir, nous dit Calvi, que les deux agences obéissent à des logiques différentes : « Le FBI vise à faire respecter la loi, et la CIA la viole. Le FBI vise à déférer des criminels devant des tribunaux, tandis que pour la CIA seule la fin compte. » Dans le cas présent, face à la menace imminente, le silence de la CIA reste cependant peu compréhensible. Outre ce mystère, il en subsistait encore bien d’autres à mes yeux… Je décidai donc de soumettre à Fabrizio Calvi quelques-unes des questions importantes qui, selon moi, n’avaient pas encore trouvé de réponses. Il n’était certes pas question de faire le tour de tous les problèmes, qui réclameraient un temps beaucoup trop long pour être abordés, d’autant que certains d’entre eux, comme nous l’entrevoyons dans l’interview, n’appellent à ce jour aucune réponse fiable, mais uniquement des spéculations.

Or, Fabrizio Calvi a une ligne de conduite stricte, qui rappelle celle qu’Eric Laurent avait affichée à l’époque de sa propre enquête sur le 11-Septembre : la « religion des faits« . Le journaliste ne rapporte que ce qu’il a pu vérifier, et qui rentre dans son domaine de compétence. Comme il le signalera au cours de l’entretien, il n’est pas un scientifique, et n’a donc pas souhaité rentrer dans les polémiques touchant à l’effondrement des tours du World Trade Center. Entre les querelles d’experts et la croyance des profanes, il préfère – et il a raison – s’en tenir à ce qu’il a pu lui-même expertiser. S’il dit ne pas croire à un complot américain, il affirme cependant avec force les profondes insuffisances du rapport de la Commission d’enquête. Et c’est peut-être là l’essentiel ; car sur un sujet qui divise tant, qui crée des clivages si marqués, entretenus par les passions incontrôlées, nous pouvons sans doute tous nous accorder sur un point : la Commission d’enquête n’a pas répondu à toutes les questions, et, comme le dit Fabrizio Calvi, « des choses terrifiantes » restent sans doute à découvrir, même si ce ne sont pas forcément celles auxquelles pensent les « théoriciens du complot ».

Une dernière remarque en guise de préambule : la controverse sur le 11-Septembre a été plombée depuis des années par l’opposition stérile entre ceux qui affirment doctement qu’Al Qaïda est coupable (et que toute la lumière a été faite sur ces événements) et ceux qui affirment tout aussi doctement que ce sont les Américains qui sont coupables (et qui, souvent, innocentent au passage Al Qaïda). Je ferai simplement remarquer que nombre de chercheurs, qui font référence chez les « truthers », ne nient aucunement l’implication d’Al Qaïda. Citons Eric Laurent, Peter Dale Scott, Aymeric Chauprade, Paul Thompson… ou encore l’ancien ministre britannique Michael Meacher. Parmi ces individus, certains posent simplement des questions, sans rien suggérer ; d’autres envisagent l’hypothèse du « laisser-faire », ou encore celle – dont ils ne sont absolument pas certains – selon laquelle Al Qaïda aurait pu être utilisée comme un « outil », infiltrée et manipulée par des agents œuvrant pour les États-Unis (écoutez le bref et prudent questionnement de Paul Thompson à la fin de 9/11 Press for Truth, à 2 min 20 dans cette vidéo). Et en émettant ces hypothèses, ils sont dans la spéculation, ce qu’ils reconnaissent volontiers, non dans la croyance et la certitude. Fabrizio Calvi est l’un des rares journalistes à avoir réellement enquêté sur au moins une partie des mystères du 11-Septembre, en refusant toute spéculation, ce que tout bon journaliste se doit de faire (car un journaliste n’est pas là pour opiner, mais d’abord pour rapporter des faits vérifiés), et à ce titre je crois que son travail est à saluer, même s’il ne défend pas l’opinion majoritaire sur ce site, qui s’honore d’accueillir toutes les opinions.

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Le silence de la CIA au sujet des terroristes Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdhar, qu’elle a repérés dès janvier 2000, est l’un des grands mystères du 11-Septembre. Avez-vous une hypothèse pour en rendre compte ?

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Nawaf al-Hazmi et Khalid Almihdar

Fabrizio Calvi : Le tiers du bouquin est consacré à cette histoire, qui me paraît essentielle, et qui me semble être le grand mystère du 11-Septembre. C’est une affaire qui a été totalement minorée par la Commission d’enquête, d’où cette idée de contre-enquête, du bouquin et des films. Il me semble que je fais quelques avancées dans cette histoire, c’est-à-dire en reconstituant totalement leur itinéraire aux Etats-Unis, en démontrant que la CIA était au courant de leur arrivée, et pour cela je me base sur des rapports internes du FBI et de la CIA, je me base aussi sur des entretiens avec des agents, du FBI principalement, notamment ceux qui travaillaient avec la CIA sur cette histoire, enfin j’ai une longue rencontre avec le « tsar » de l’antiterrorisme Richard Clarke, qui, lui, laisse entendre que c’est une opération majeure de la CIA.

Alors je raconte tout cela, mais je ne tire pas de conclusion, parce qu’il me manque trop de choses, il y a trop de chaînons manquants pour tirer une conclusion et affirmer que la CIA était au courant de tout ou a laissé faire. Je me base sur les faits et uniquement sur les faits, donc je ne peux pas tirer de conclusion. Je peux donner mon avis : il me semble qu’il est vraisemblable que la CIA avait engagé une opération de contrôle, de surveillance et peut-être d’infiltration d’Al Qaïda, autour de ces deux pirates de l’air, que c’est pour ça qu’elle n’a pas voulu en informer le FBI, et que finalement elle a été victime de cette opération – c’était elle la première victime – et qu’elle a été dépassée par les événements.

La CIA aurait pu essayer de les recruter, de les retourner ?

FC : Soit de les recruter, soit de les retourner, soit d’aller à un objectif majeur qui était Al Qaïda. Il est certain qu’ils ont essayé de recruter une personne autour d’eux, un Irakien qui était à Kuala Lumpur, qui les a accueillis lors de leur séjour. La CIA a essayé de le recruter. Ils ont aussi essayé de recruter, de manière un peu maladroite, des membres de la fameuse cellule de Hambourg, donc à l’époque il est certain qu’il y avait un travail d’approche de la part de la CIA pour recruter. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque Ben Laden et Al Qaïda étaient déjà un objectif majeur de la CIA. Donc il n’est absolument pas étonnant qu’ils aient tenté de recruter, de pénétrer et d’infiltrer Al Qaïda, et il ne serait pas surprenant que toute cette histoire leur ait échappé, leur ait explosé entre les doigts.

 

« Il devrait y avoir une enquête très sérieuse sur les mouvements de ces deux terroristes et sur tout ce qui s’est passé autour »

 

Que pensez-vous du fait que ces terroristes aient pu se loger à San Diego chez un informateur du FBI ?

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Abdussattar Shaikh, l’informateur du FBI

FC : C’est pire que ça : les deux terroristes en question étaient surveillés depuis Kuala Lumpur, la CIA savait qu’ils se rendaient aux Etats-Unis, et a empêché le FBI de le découvrir. Quand ils arrivent aux Etats-Unis à Los Angeles, ils sont pris en charge par un agent secret saoudien. Les Saoudiens savent que ce sont des terroristes, le prince Turki, qui était le responsable des services secrets, dit avoir informé les Américains de leur existence et du fait que c’était des terroristes. Donc ils sont pris en charge par un agent secret saoudien, ensuite ils déménagent et il y en a un des deux qui va vivre chez un curieux professeur universitaire, qui est à ses heures informateur du FBI, qui est lié à un ancien trafiquant d’armes proche du Chah d’Iran, enfin bref, c’est un personnage assez bizarre, assez mystérieux.

Et puis autour d’eux, il y a d’autres personnages qui vont et qui viennent, et qui donnent l’impression qu’ils sont contrôlés. Par exemple, à San Diego, ils vont dans une mosquée où il y a un imam intégriste, très intégriste, qui opère, et quand l’un des deux pirates va déménager et aller sur la côte Est, à Falls Church, de l’autre côté des Etats-Unis, l’imam va le suivre, et va, comme par hasard, exercer dans la mosquée de Falls Church, où le terroriste Nawaf al-Hazmi va se rendre.

La veille des attaques du 11-Septembre, le 10 septembre, dans l’hôtel où les deux terroristes passent leur dernière nuit sur terre, il y a aussi un des responsables du culte saoudien, qui, au dernier moment, a réservé et s’est installé dans cet hôtel, alors qu’il était dans un autre hôtel. Alors tout ça, c’est peut-être un faisceau de coïncidences, mais ce sont des coïncidences très inquiétantes, et qui font qu’au moins quelqu’un devrait s’y pencher de manière sérieuse, quelqu’un d’officiel, moi je ne suis pas un officiel, je n’ai pas de pouvoir d’investigation, ni de police judiciaire, mais il devrait y avoir une enquête très sérieuse sur les mouvements de ces deux terroristes et sur tout ce qui s’est passé autour.

Cela rejoint les déclarations du sénateur Bob Graham, qui, sur la base des 28 pages censurées du rapport du Congrès de 2003, a, à plusieurs reprises, affirmé qu’au moins deux des terroristes étaient soutenus par un ou plusieurs Etats, donc cela pourrait être de l’Arabie saoudite dont il parlait…

FC  : Oui, Bob Graham, qui a même publié un bouquin, est très « anti-saoudien » d’une certaine manière… donc ce ne serait absolument pas étonnant.

Donc, d’après vous, les deux agents saoudiens en contact avec les terroristes pouvaient être au courant de l’attentat du 11-Septembre en préparation et l’appuyer éventuellement ?

FC : On rentre dans le domaine de la spéculation, qui est un domaine que j’essaie d’éviter, mais il est certain que tout autour de ces pirates de l’air, il y a beaucoup de complicités saoudiennes. Alors, est-ce que ça veut dire qu’il y a une complicité directe ou pas ? C’est très difficile à dire, et je veux surtout éviter de tirer des conclusions trop hâtives, alors qu’on n’a pas encore tous les éléments entre les mains.

Dans le même genre d’appui, vous avez sans doute entendu parler de cette information qui a été peu diffusée, qui prétendait que Mohamed Atta avait reçu 100.000 dollars sur ordre direct du directeur de l’ISI de l’époque, Mahmoud Ahmad, alors avez-vous une opinion sur la crédibilité de cette information ?

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Lieutenant Général Mahmoud Ahmad

FC : Honnêtement, c’est vous qui me l’apprenez… Je ne pense pas qu’il aurait reçu directement de l’argent de l’ISI, parce qu’ils sont quand même beaucoup plus malins qua ça. Le problème, c’est qu’on dit beaucoup de choses, tout et son contraire, sur cette histoire… Moi, j’essaie vraiment de m’en tenir aux informations et aux faits avérés, et non pas aux spéculations, ni aux croyances. Et tout ce que j’écris a été longuement prouvé, vérifié, j’ai recoupé mes sources. Après il y a tellement de bruits, de rumeurs, de désinformations, que tout cela est très difficile à vérifier.

Cette information est parue originellement à la fois dans le journal Dawn au Pakistan, et dans le Times of India en Inde, et elle proviendrait – car j’avais interrogé le journaliste Manoj Joshi du Times of India, qui avait sorti l’information – d’une haute source ministérielle dans le gouvernement indien, sans qu’il sache me dire si c’était crédible ou pas… mais la difficulté c’est que certains présentent l’information comme sûre et certaine, comme sur France Inter

FC : C’est pour ça que j’essaie de m’en tenir aux témoignages de première main, et donc c’est toujours difficile quand on a accès à des témoignages de deuxième main, c’est toujours difficile de leur donner crédit. Il y a énormément de rumeurs, d’informations qui sont vérifiées ou pas, mais après il y a le bon sens : il me semble que c’est un peu difficile de prétendre une telle chose, parce que, je le répète, je ne crois pas que le directeur de l’ISI aurait agi directement, je pense qu’il aurait été plus malin que ça, et que l’argent serait passé par différents canaux. De toute manière, il n’aurait pas été remis directement, et puis je ne sais pas si Mohamed Atta avait besoin du soutien financier de l’ISI, parce qu’il avait d’autres soutiens financiers, les flux d’argent sont des flux qui ont été prouvés, documentés. Ce n’est pas une opération qui a coûté très cher, et ils n’étaient même pas déficitaires, parce qu’avant le 11-Septembre, ils ont renvoyé de l’argent, il y a de l’argent qui est reparti à Dubaï, dans des banques saoudiennes. Donc oui peut-être… mais je ne vois pas pourquoi l’ISI se serait mouillée à ce niveau-là, d’autant que les terroristes n’avaient pas besoin d’argent.

C’est aussi ce que m’avait dit Eric Denécé, un ancien agent du renseignement, qui pensait que ce n’était pas très crédible, qu’il pourrait y avoir des éléments isolés de l’ISI, mais pas le directeur…

FC : C’est peut-être une piste à explorer, mais très honnêtement je vois difficilement un responsable des services secrets se mouiller directement pour faire ça.

 

« Les Philippins ont découvert le plan, qui s’appelait Bojinka, ont prévenu les Américains, et les Américains ne les ont pas crus »

 

Cela rejoint aussi une information, présente dans le documentaire 9/11 Press for Truth : un agent du FBI, Randy Glass, qui a infiltré en 1999 un réseau criminel, prétend qu’un certain R.G. Abbas, qui s’est présenté comme un agent de l’ISI, lui avait dit que son projet était de détruire les tours du World Trade Center…

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Ramzi Youssef

FC : Dans ma contre-enquête, je montre très clairement que le projet de détruire le World Trade Center remonte à 1993, je fais la genèse de cet attentat, j’explique pourquoi ils voulaient détruire le World Trade Center. En fait, ils pensaient que tous les juifs de New York travaillaient au World Trade Center, dans les deux tours, et c’est pour ça qu’ils voulaient le détruire. Ils ont failli réussir en 1993, et puis ça a raté, mais de peu, parce qu’ils n’avaient pas assez d’argent pour les explosifs. Du coup, l’artificier, Ramzi Youssef, et son oncle Khaled Sheikh Mohamed, ont projeté un autre plan en 1995, pour détruire cette fois définitivement les deux tours et d’autres objectifs. Le plan en question était le prototype du 11-Septembre : il s’agissait de s’emparer d’avions, de les détourner, de les précipiter contre les deux tours, donc dès 1995 le projet était en germe, il y avait un prototype. Les Philippins ont découvert ce complot, qui s’appelait Bojinka, ont prévenu les Américains, et les Américains ne les ont pas crus et leur ont dit « mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse de cette information ? ». Ramzi Youssef va se faire arrêter à cause de sa participation à l’attentat de 1993, Khaled Cheikh Mohammed, son oncle, va s’échapper et depuis il n’aura qu’une idée : mettre en action ce plan, réaliser Bojinka, et c’est ce qu’il fera, puisque c’est le cerveau des attaques du 11-Septembre. Donc c’est très clair, dès le début il est évident, et les Américains le savent, que les islamistes vont sans doute détourner des avions pour les précipiter contre les deux tours. Après, pourquoi n’ont-ils rien fait ? C’est une autre question.

Parce qu’en effet, après le 11-Septembre, on a entendu toute l’administration Bush affirmer qu’elle n’avait reçu strictement aucun avertissement, et même que ce type d’attentat lui était totalement inimaginable, alors que manifestement c’était faux… alors pourquoi l’ont-ils dit ?

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Colonel Rodolpho Boggie Mendoza

FC : En 1995, les Américains ne le croient pas. J’ai rencontré le policier philippin, le colonel Rodolpho Boggie Mendoza, qui est tombé sur cette enquête, qui a interrogé un des membres du complot Bojinka, qu’il a fait parler. Eh bien, ses supérieurs ne l’ont pas cru. Et pourtant, c’est un des meilleurs officiers de la police philippine, mais ses supérieurs ne l’ont pas cru. Donc, si ses supérieurs, qui le connaissent, qui savent que c’est sans doute un des meilleurs et pas un affabulateur, ne le croient pas, à plus forte raison les Américains ne pouvaient pas le croire. En 1995, les Américains n’avaient jamais entendu parler de Ben Laden, ils pensaient que c’était un financier, ou plutôt ils pensaient juste que c’était un financier de la terreur. Or, le colonel Mendoza avait déjà fait un rapport sur l’islamisme aux Philippines, dans lequel figurait déjà le nom de Ben Laden. Il y avait plusieurs pages sur Ben Laden, j’ai lu ce rapport. Aujourd’hui il n’y a pas une ligne à changer, la description d’Al Qaida est parfaite. En 1995, les Américains pensent encore que Ben Laden n’est que le financier de la terreur, ils l’appelaient « la Fondation Ford du terrorisme ». Il leur faudra un an ou deux pour réaliser que Ben Laden est autre chose, et bien plus dangereux, que le simple financier de la terreur. Donc, de ce point de vue là, les Américains ont raison de dire qu’ils ne pouvaient pas imaginer, il y a un manque d’imagination total de ce point de vue là.

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Richard Clake

L’administration Bush, en revanche, ment parce que, dès janvier 2001, c’est-à-dire dès son entrée en vigueur, au sein de l’administration il reste de l’administration Clinton Richard Clarke, le « tsar » de l’antiterrorisme, qui avait un plan pour détruire Ben Laden et Al Qaïda, le plan « Delenda », eh bien Richard Clarke est rétrogradé, il n’a plus accès au Président, alors qu’il y avait accès auparavant, il n’a plus accès à la conférence des « Principals », des principaux chefs de cabinets du Président, et quand il va voir Condoleezza Rice qui est sa supérieure hiérarchique, qui est responsable du Conseil national de sécurité, et qu’il lui explique que le vrai danger c’est Al Qaïda, Condoleezza Rice, je ne dis même pas « tombe de l’armoire », parce que ça ne l’intéresse pas, et on a plusieurs témoignages de responsables de la CIA qui ont essayé à maintes reprises d’alerter l’administration Bush du danger, et l’administration Bush s’en fout complètement, car ses préoccupations, son horloge sont restées bloquées dix ans auparavant, au début des années 1990, quand il y avait Bush père, juste après le président Reagan. Ses seules préoccupations, c’était l’IDS, l’Initiative de Défense Spatiale, la guerre des étoiles, l’invasion de l’Irak pour terminer ce que Bush père avait fait, puis des négociations balistiques avec la Russie ; ils ne sont vraiment pas à l’ordre du jour, alors que le terrorisme sunnite, qui est la véritable menace, ils s’en fichent un peu. Et si vous prenez tous les discours de Condoleezza Rice de cette époque, entre janvier et septembre 2001, elle ne prononce pas une fois le mot « Al Qaïda », ni le mot « Ben Laden ». Et en août 2001, quand vraiment la menace se précise, les responsables de la CIA vont voir George Bush pour lui transmettre un rapport quotidien, qui dit que Ben Laden s’apprête à frapper les Etats-Unis ; la réaction de George Bush, ça a été : « ben écoutez, c’est bien, vous avez couvert votre cul, vous avez fait votre devoir, maintenant vous pouvez renter chez vous, c’est bien ». Donc, il y a un désintérêt total, alors que Richard Clarke, qui est le « tsar » de l’antiterrorisme, George Tenet, qui est le chef de la CIA, et tous ces responsables n’arrêtent pas de tirer des sonnettes d’alarme, en disant « attention, ça va arriver ».

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Mark Rossini

Dans le livre et dans le film, il y a l’interview d’un agent du FBI, Mark Rossini, qui travaillait pour la CIA, et qui nous dit clairement qu’il sentait que ça allait arriver, qu’il y allait avoir le « Big One », le grand coup allait arriver. Il nous dit : « c’est un peu comme un orage, on sent que ça se prépare, brusquement le vent change, les nuages s’accumulent ». Ils savent qu’il va se passer quelque chose, et puis dans les écoutes ils savent qu’il va se passer quelque chose. Dans les écoutes, juste la veille, par exemple, la NSA, qui est chargée d’écouter toutes les conversations électroniques du monde entier – c’est 30.000 agents -, eh bien la NSA enregistre deux conversations : dans la première on dit « demain c’est l’heure zéro », dans la seconde on dit « la partie va commencer demain ». Donc, si vous voulez, c’est comme une inquiétude diffuse. Richard Clarke, en juillet 2001, fait une réunion avec les responsables de l’aviation civile, pour les sensibiliser au problème, en disant « attention, Al Qaïda va frapper les avions », il ne savait pas exactement quoi, mais il leur disait « attention je veux être informé de tout ce qui se passe, même si un moineau tombe de sa branche ». Le problème, c’est que Richard Clarke ne savait pas l’essentiel : la CIA lui avait caché l’essentiel, à savoir que deux des terroristes étaient là, aux États-Unis, et étaient en train de s’entraîner avec d’autres, à piloter des avions.

 

« La Commission d’enquête, c’est la Commission des omissions »

 

Précisément, ces informations comme quoi l’administration américaine a reçu beaucoup d’avertissements mais n’a rien fait, car elle était braquée sur l’Irak ou sur d’autres problèmes, c’est l’une des causes principales pour lesquelles énormément de gens imaginent qu’il y ait pu avoir, si ce n’est une organisation, du moins un laisser-faire de certaines personnes au sein de l’administration pour en tirer profit…

FC : C’est sûr que toutes les thèses conspirationnistes s’appuient sur les silences embarrassés, sur les non-dits, sur les omissions de la Commission d’enquête. La Commission d’enquête, c’est la Commission des omissions, c’est un peu comme la Commission Warren au moment de l’affaire Kennedy. Donc il est clair qu’à partir du moment où on ne met pas tout sur la table et où on cache des choses, tous les fantasmes vont se nourrir. Au lendemain du 11-Septembre, tout le monde était pro-Américains, tout le monde disait « nous sommes tous des Américains », et puis c’est un peu le contraire des alchimistes, ils avaient de l’or entre les mains et ils en ont fait du plomb. Et tout le monde a commencé à se méfier, à dire « mais ils nous cachent des choses », d’où cette idée, folle – à mon avis -, qu’ils ont organisé eux-mêmes les complots. La Toile Internet, mais pas seulement, énormément de gens que je rencontre sont convaincus du bien-fondé des complots, sont dans la croyance ; moi je ne suis pas dans la croyance, je suis agnostique, donc je me base sur des faits, des faits avérés, je pense qu’il y a une chose qui s’appelle le bon sens, et quand on m’explique qu’aucun avion ne s’est précipité sur le Pentagone, la seule chose que je réponds c’est : « OK, mais il y a un avion qui a décollé et où sont passés les passagers de l’avion ? » S’il ne s’est pas écrasé sur le Pentagone, ils doivent bien être quelque part, il y avait 60-70 personnes, le vol a été suivi à la trace par les radars, il y a eu des communications téléphoniques, parce qu’on peut téléphoner des avions, contrairement à ce qu’on affirme, aux Etats-Unis à l’époque on pouvait tout à fait téléphoner des avions, dans les avions américains il y a des téléphones. Donc je pense qu’il faut faire un pas de côté face à ça, et faire appel au bon sens. En même temps, ces thèses se nourrissent du silence des autorités et des mensonges de la Commission d’enquête.

Mais l’hypothèse du « laisser-faire » se nourrit aussi beaucoup d’une phrase, qui a été extraite d’un rapport du think tank Projet pour un Nouveau Siècle Américain (PNAC), selon laquelle « le processus de transformation [des Etats-Unis en force dominante], même s’il est porteur de changements révolutionnaires, sera probablement long, en l’absence d’un événement catastrophique et catalyseur – comme un nouveau Pearl Harbor« . Donc on a des gens qui extraient cette citation, en arguant que les membres du PNAC disaient eux-mêmes avoir besoin d’un nouveau Pearl Harbor et, comme par hasard, ils n’ont rien fait pour prévenir le Pearl Harbor dont ils recevaient des avertissements, c’est un peu ça le raisonnement…

FC : C’est mal connaître la société américaine, car ce n’est pas parce qu’un think tank raisonne comme ça que c’est la politique officielle des Etats-Unis, et que c’est ce qui va être appliqué. L’idée même d’un complot du côté américain me paraît absurde, parce qu’un complot implique une couverture politique, c’est-à-dire que les hommes politiques sont obligés de couvrir, puisque de toute manière ce sont eux qui vont décider d’envahir l’Irak ou autre. Or, le complot de la part d’Al Qaïda est né, comme je le démontre dans ma contre-enquête, en 1995, c’est-à-dire sous l’administration Clinton, et il arrive à maturité en 2001, c’est-à-dire sous l’administration Bush. Ça supposerait une continuité entre l’administration Bush et l’administration Clinton qu’il n’y a absolument pas. Il y a une vraie rupture, et du côté des Américains, s’il y a une conspiration, c’est la conspiration des imbéciles, c’est-à-dire que les gens qui sont au pouvoir politique, à la Maison Blanche, sont des incapables, sont des gens qui raisonnent en terme de guerre froide, alors qu’il faut raisonner autrement. Ils n’ont pas vu que le monde avait changé. Donc dans ce sens-là, ils favorisent indirectement les attaques du 11-Septembre. Mais comme ils ne réalisent pas la nature de l’ennemi, et qu’ils ne veulent pas en entendre parler – ce qui est le plus grave -, ils ne le prennent pas au sérieux, et à partir de ce moment-là, ils laissent faire, mais de manière indirecte et totalement involontaire, et par stupidité, alors que les gens qui sont, comme les responsables de la CIA ou du FBI, aux commandes de l’action veulent agir et stopper ce qui se passe. Mais il y a un désintérêt de la classe politique, c’est pour cela que je parle du complot des imbéciles.

Vous savez qu’il y a eu l’organisation d’exercices de simulation de guerre de grande ampleur au moment des attentats, qui auraient peut-être troublé la réaction de la chasse américaine. Est-ce que, d’après vous, cela relève du hasard, ou les terroristes, ou d’autres, auraient pu s’arranger pour que les deux événements aient lieu en même temps ? parce qu’on sait que de faux avions, suspectés d’être détournés, étaient visibles sur les écrans radars…

FC : Vous prenez le minute par minute du détournement – parlons uniquement des premiers vols, ceux qui partent de Boston : le détournement a lieu au bout de 20 minutes à peu près, et puis après il va s’écouler 40 minutes avant qu’ils n’atteignent leurs objectifs. A l’époque, il faut déjà un certain temps de réaction pour comprendre ce qui se passe, pour comprendre qu’il y a un détournement, et puis on remonte la chaîne hiérarchique, donc il y a déjà 10 minutes qui vont se passer à peu près, donc on est déjà à une demi-heure, et on est à 20 minutes de l’objectif. Mais à l’époque, personne n’envisageait d’action suicide. Pour tout le monde, il était clair, même s’il y a eu tous les signaux d’alerte dont on a parlé, qu’il s’agissait de détournements. Les passagers étaient convaincus qu’il s’agissait de détournements, mais pour les autorités civiles – j’ai écouté toutes les bandes, toutes les conversations – c’est clairement des détournements, donc on attend de savoir ce que les terroristes ont l’intention de faire de ces avions – est-ce qu’ils vont les poser ? demander des échanges de prisonniers ou autre ? – avant de réagir. Donc, s’il y a un détournement d’avion, on ne va pas tout de suite ordonner à la chasse de l’abattre. Par contre, dans le dernier cas, qui est le vol 93, une fois que les trois autres se sont écrasés, effectivement, au moment où l’avion retourne sur Washington et où il y a la révolte des passagers, la Maison Blanche donne l’ordre effectivement d’abattre cet avion. Dick Cheney, le Vice-Président, donne l’ordre formel d’abattre l’avion. Ça ne sera pas fait, parce qu’il y a eu la réaction des passagers, qui ont précipité l’avion. Mais de toute manière, sur la fin, c’est-à-dire une fois qu’elles ont compris ce qui se passait, les autorités ont réagi en ordonnant d’abattre les avions.

Vous avez rencontré Anthony Shaffer dans le documentaire d’Arte, il affirme que l’unité de renseignement Able Danger a repéré la cellule de Mohamed Atta en janvier 2000, alors qu’une enquête du ministère de la Défense a désavoué ses propos. Le jugez-vous crédible ?

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Lieutenant-Colonel Anthony Shaffer

FC : Oui, tout à fait. Able Danger faisait du data mining et regroupait des sources d’informations, et puis infiltrait les mosquées, qui sont des pratiques très mal vues aux Etats-Unis, à l’époque et même peut-être encore aujourd’hui. Vous avez la liberté de culte et chacun est libre de pratiquer les cultes, c’est une chose fondamentale aux Etats-Unis. Or, les gens d’Able Danger, les militaires, étaient un peu extrémistes de ce point de vue là, mais ils étaient arrivés à des résultats, puisqu’ils avaient, semble-t-il, localisé Mohamed Atta à la mosquée Al-Farouq à Brooklyn quand il est arrivé. A ce moment-là, ils avaient une photo, ils ne savaient pas du tout qui c’était, mais il y a des photos qui commençaient à circuler, et puis, sans que l’on sache vraiment pourquoi, on leur a d’abord dit de ne pas parler de leur opération, ni à la CIA, ni au FBI. La CIA, de toute manière, ne voulait pas partager d’informations avec les militaires et puis on leur a ordonné de ne pas parler du tout de la chose au FBI, sans doute par crainte qu’on découvre que les militaires étaient en train d’infiltrer les mosquées, ce qui, je le répète, est très mal vu. Et donc, à partir de ce moment-là, l’opération est devenue encore plus clandestine, a eu encore un peu moins de poids au sein de l’armée américaine. Mais si vous me demandez si ses propos sont crédibles, je vous réponds oui.

 

« Je pense qu’Ali Mohamed sait beaucoup trop de choses »

 

Pour terminer, revenons sur un point que vous développez dans votre livre, le rôle d’Ali Mohamed. Comment expliquez-vous l’absence de condamnation à son égard alors qu’il semble impliqué dans tous les principaux attentats menés par Al Qaïda à l’intérieur des Etats-Unis ?

FC : Ali Mohamed était un agent triple, c’est-à-dire que c’était un miliaire égyptien, un officier égyptien membre d’Al Qaïda, qui a fait semblant de trahir Al Qaïda au profit des Américains. Il a travaillé pour la CIA, pour les Forces spéciales américaines à Fort Bragg, donc pour l’armée américaine, il a essayé d’infiltrer le FBI, mais en fait sa fidélité première était à Al Qaïda, puisque c’était le garde du corps de Ben Laden. C’est lui qui a entraîné les gens de Ben Laden et qui a appris à Ben Laden à faire des cellules, à construire son organisation afin de ne pas être détecté par les Américains, puisqu’il savait comment les Américains procédaient pour les détecter. Donc il a monté l’organisation idéale puisqu’il connaissait les contre-mesures dont les Américains allaient se servir. C’est lui qui va organiser les plus gros attentats commis au siècle dernier, contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es Salam, et dans le même temps il communiquait des informations à Ben Laden, et surtout à Ayman al-Zawahiri, son supérieur, et c’est lui qui met au point le modus operandi dont vont se servir les pirates de l’air pour détourner les avions le 11-Septembre. Donc c’est quelqu’un de considérable dans l’histoire du contre-terrorisme.

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Ali Mohamed

Il y a un silence embarrassé des autorités américaines, dont j’essaie de comprendre les raisons dans ma contre-enquête : je pense qu’il sait beaucoup trop de choses. Il a accepté de plaider coupable. Il a été jugé, reconnu coupable, mais il n’a toujours pas été condamné dix ans après avoir été reconnu coupable. Ce que je sais, ce que mes sources m’ont dit – des gens qui sont toujours en contact avec lui -, c’est que maintenant il était dans une prison de sécurité minimum aux Etats-Unis, c’est-à-dire qu’il est sur le point de sortir, il a fait deux livres, qui attendent l’imprimatur du gouvernement américain, et aujourd’hui il a passé un nouveau deal avec le gouvernement, parce que c’est lui qui connaît le mieux le nouveau chef d’Al Qaïda, Ayman al-Zawahiri, l’Egyptien, qui était son chef, son supérieur. Il le connaît par coeur, il le connait en tout cas parfaitement, sur le bout des doigts, et il vend chèrement sa connaissance aux Américains, qui n’ont toujours rien appris, puisqu’ils continuent à traiter avec un personnage éminemment suspect, avec un agent triple.

Donc ils ne l’inquiètent pas trop car ils espèrent toujours recueillir des informations auprès de lui sur Al Qaïda ?

FC : C’est le problème des Américains, c’est qu’ils dépendent totalement de leurs sources d’informations. Et après Ali Mohamed, il y a eu le cas que je cite dans ma contre-enquête, l’organisateur des attaques de Bombay, c’était aussi un agent triple américain : il travaillait pour la DEA, il faisait semblant de démanteler des réseaux de trafiquants de drogue et il a organisé les attaques de Bombay. Il s’est fait arrêter à Londres alors qu’il organisait un attentat contre le quotidien danois qui a publié les caricatures du prophète Mahomet. Et puis deux ans plus tard, les Américains pensent avoir une source parfaite avec un petit docteur jordanien, qui leur promet de remonter jusqu’à Ayman al-Zawahiri. Donc la CIA se réjouit, Barack Obama est prévenu et suit la rencontre pratiquement en direct. On l’amène sur une base secrète de la CIA à Khost dans le sud de l’Afghanistan, les gardes ont ordre de se détourner pour ne pas voir son visage, donc il n’est pas fouillé, il y a une dizaine de membres de la CIA qui sont là, toute la CIA de l’Afghanistan est là, ce qui est une faute de sécurité majeure, on lui a même préparé un gâteau parce que c’est le 30 décembre, et puis il arrive, commence à prier, et se fait sauter, et il y a une dizaine de membres de la CIA qui sont morts. Il y a une forme de naïveté des Américains, qui font a priori confiance à leurs informateurs, et ils le paient très cher, et ils continueront malheureusement à le payer très cher.

Je ne sais pas si vous vous êtes renseigné sur un personnage qui paraît également protégé en haut lieu, Omar Saeed Sheikh ; c’est l’assassin présumé de Daniel Pearl et celui par lequel serait soi-disant passé l’argent de l’ISI vers Mohamed Atta. Il est condamné à mort depuis 2002 mais n’a jamais été exécuté…

FC : Je croyais que l’assassin de Daniel Pearl était Khaled Cheikh Mohammed…

Il y a les deux versions qui circulent effectivement…

FC : Non, je ne peux pas vous répondre.

Alors que l’entretien se termine, Fabrizio Calvi tient à faire quelques précisions :

FC : Ce que j’ai toujours précisé, c’est je ne suis pas un ingénieur, ni un spécialiste en ingénierie, donc un sujet comme l’effondrement des tours, ce n’est pas mon propos. J’essaie de suivre les faits au plus près de ce qu’on peut en savoir. Après, pour moi, tout le reste est un petit peu de l’ordre de la croyance ou de la querelle d’experts, et je ne veux absolument pas m’engager là-dedans, parce que ce n’est pas mon boulot. Mais toutes ces thèses alternatives se nourrissent des silences embarrassés des Américains, et c’est vraiment dommage, parce qu’il faudrait qu’ils remettent tout à plat : il y aurait des surprises très étonnantes, c’est évident qu’on découvrirait des choses terrifiantes, peut-être pas celles auxquelles on pense. Moi je pense, par exemple, que sur l’histoire de Kuala Lumpur et des deux terroristes, si la CIA ne veut pas s’expliquer, c’est que tout simplement elle a peur que son rôle soit remis en question, parce qu’après tout on peut aller la voir en disant : « mais attendez, vous saviez qu’il y avait des terroristes, vous les surveilliez, vous les contrôliez d’une certaine manière, et vous n’avez pas été foutus de les arrêter, alors à quoi est-ce que vous servez ? parce que votre fonction c’est d’empêcher ce genre de chose ». Alors ils répondront que pour empêcher ce genre de chose, ils voulaient taper Ben Laden, enfin j’en sais rien, là j’extrapole… mais je pense effectivement que si l’on soulève ce couvercle là, on va trouver bien des surprises, peut-être pas celles auxquelles on s’attend, sur les tours, le Pentagone, mais des surprises qui sont en fait beaucoup plus embarrassantes, parce que les théories conspirationnistes, d’une certaine manière, ont de quoi réjouir la CIA ou les Américains, parce que ça fait d’eux des gens invincibles, ça fait d’eux des maîtres conspirateurs. Il ne peut pas, à mon sens, y avoir de conspiration américaine, parce que ceux qui seraient à même de le faire sont trop bêtes, sont trop stupides pour imaginer un tel plan. Moi, pour les connaître, pour les côtoyer, pour leur avoir parlé, je suis effaré par certains moments, et donc on se dit, mais c’est pas possible, ils n’ont pas pu commettre un tel complot.

Merci Fabrizio Calvi de m’avoir accordé ce long entretien.

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Pour en savoir plus sur le personnage fascinant d’Ali Mohamed, on peut aussi se reporter à l’ouvrage de Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial. 50 ans d’ambitions américaines, Editions Demi-Lune, chapitre 8, p. 213-225. Ce livre, dont le titre original est The Road to 9/11. Wealth, Empire and the Future of America, ambitionne, comme celui de Fabrizio Calvi, de reconstituer sur le long terme les événements et les logiques qui ont pu conduire au 11-Septembre. Deux lectures complémentaires.

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