Effet cigogne : Robert Kennedy Jr. à l’épreuve de la rhétorique «anti-complotiste»

Le 29 février dernier, nous publiions un article rendant compte des propos détonants de Robert F. Kennedy Jr. dans le magazine Politico, où il analysait le conflit en Syrie comme une guerre par procuration entre grandes puissances, dont l’enjeu était la bataille entre deux pipelines rivaux, l’un favorisant l’Iran, la Syrie et la Russie, l’autre le Qatar, l’Arabie saoudite, la Turquie, mais aussi l’Union européenne et les États-Unis. La vision géopolitique proposée par RFK Jr. a déplu à certains observateurs du conflit syrien, dans la mesure où elle gommerait, selon eux, la lutte des Syriens modérés pour plus de liberté, réduisant ces derniers à des pions dans un « grand jeu » qui les dépasserait.

Pour stigmatiser cette vision, qu’ils jugent « réactionnaire », partagée pourtant par l’émission de France 2 « Un Œil sur la Planète », ils ont, comme à l’accoutumée, usé de l’accusation de « conspirationnisme ». Cela n’est pas bien grave, tant l’outrance de ce type d’accusation décrédibilise leurs auteurs. Pour autant, c’est une bonne occasion pour nous de développer une double réflexion : la première porte sur un aspect problématique de l’article de RFK Jr., qu’il convient d’affronter, la seconde sur la rhétorique communément employée par tous ceux qui semblent vouloir, sur des sujets controversés, notamment en matière de géopolitique, museler le débat public. Parmi ces derniers, nous retrouverons précisément des contempteurs de la thèse de RFK Jr.

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Robert Kennedy Jr.

Sources manquantes : Politico et WikiLeaks sollicités

Un passage de l’article de Robert Kennedy Jr. a été pointé du doigt par un lecteur, et dénoncé par lui comme étant de la désinformation. Voici ce passage en langue originale :

« Secret cables and reports by the U.S., Saudi and Israeli intelligence agencies indicate that the moment Assad rejected the Qatari pipeline, military and intelligence planners quickly arrived at the consensus that fomenting a Sunni uprising in Syria to overthrow the uncooperative Bashar Assad was a feasible path to achieving the shared objective of completing the Qatar/Turkey gas link. In 2009, according to WikiLeaks, soon after Bashar Assad rejected the Qatar pipeline, the CIA began funding opposition groups in Syria. It is important to note that this was well before the Arab Spring-engendered uprising against Assad. »

Et la traduction que nous en avions donnée (on peut aussi se reporter à celle que vient d’effectuer le Saker Francophone) :

« Des câbles secrets et des rapports des services de renseignement américains, saoudiens et israéliens indiquent qu’au moment où Assad rejeta le pipeline du Qatar, des planificateurs arrivèrent rapidement au consensus que fomenter une insurrection sunnite en Syrie pour renverser le peu coopérant Bachar el-Assad serait une voie praticable pour réaliser l’objectif partagé de l’achèvement du pipeline Qatar/Turquie. En 2009, d’après WikiLeaks, peu après que Bachar el-Assad rejeta le pipeline du Qatar, la CIA commença à financer les groupes d’opposition en Syrie. Il est important de noter que c’était bien avant le soulèvement contre Assad engendré par le Printemps arabe. »

On remarque ici que l’article de Politico renvoie, par un lien, à un article du Washington Post, censé prouver ses allégations. Or, que nous dit cet article ? Que le Département d’État américain a financé secrètement des groupes d’opposition à Bachar el-Assad dès 2006, sous la présidence de George W. Bush, et ce au moins jusqu’à septembre 2010, sous la présidence de Barack Obama (sans que l’on sache dire si ces financements ont alors cessé). La source de l’information, ce sont des câbles diplomatiques publiés par WikiLeaks, dont celui-ci. Le Washington Post n’évoque pas le rôle de la CIA, ni un début de financement de dissidents en 2009 après le refus par Assad du pipeline du Qatar.

Par ailleurs, la première assertion de Robert Kennedy Jr., selon laquelle « des câbles secrets et des rapports des services de renseignement américains, saoudiens et israéliens indiquent » qu’un consensus a très vite été trouvé entre différents protagonistes pour renverser Assad après son refus du pipeline qatari, n’est étayée par aucune source. Nous n’en avons pas trouvé non plus de notre côté. Quand bien même Politico est une source réputée sérieuse, et RFK Jr. un personnage éminent, leur information est ici néanmoins sujette à caution. Nous avons donc contacté par mail à la fois la rédaction de Politico et le service de presse de WikiLeaks, dans l’espoir d’un éclaircissement. Wait and see

Une coquille dupliquée

La prudence est de mise, d’autant que l’article comporte déjà une petite coquille (que nous avions spontanément corrigée dans notre article) :

« In their view, our war against Bashar Assad did not begin with the peaceful civil protests of the Arab Spring in 2011. Instead it began in 2000, when Qatar proposed to construct a $10 billion, 1,500 kilometer pipeline through Saudi Arabia, Jordan, Syria and Turkey. »

Que le Qatar ait pu faire sa proposition de pipeline en 2000 et ne recevoir le refus d’Assad qu’en 2009 nous avait d’emblée interpellé. Neuf ans, c’est long pour une prise de décision. En faisant une petite recherche, nous avons pu trouver de nombreuses sources indiquant que la proposition du Qatar datait de 2009, ce qui paraît effectivement plus normal ; ainsi, dans cet article de Foreign Affairs, la célèbre revue du puissant think tank Council on Foreign Relations (CFR), daté du 14 octobre 2015, où l’on lit ceci :

« And so, in 2009, Qatar proposed to build a pipeline to send its gas northwest via Saudi Arabia, Jordan, and Syria to Turkey, an investment of billions of dollars up front that would reduce transportation costs over the long term. However, Syrian President Bashar al Assad refused to sign the plan… »

On peut aussi se fier à un article paru dans The National le 26 août 2009, qui rapporte l’information encore toute fraîche, à un autre de Stephanie Clancy, publié en mars 2010 dans Pipelines International, mais encore à un article de Felix Imonti, publié le 17 septembre 2012 sur Oil Price, à un autre de Christina Lin, paru le 1er août 2015 sur un blog du Times of Israël, ou encore à un article de Pepe Escobar, publié le 8 décembre 2015 sur Counterpunch.

Notons que cette erreur, pourtant facilement identifiable avec un peu de bon sens, a été relayée par Natacha Polony, lorsque, dans sa revue de presse du 29 février sur Europe 1, elle a évoqué l’article de Robert Kennedy Jr. (une erreur que, de son côté, Thomas Cluzel, dans sa revue de presse sur France Culture, n’a pas commise). Les sites qui ont traduit tout ou partie de l’article de RFK Jr. ont souvent reproduit l’erreur (comme ici, ou ), mais au moins un site l’a rectifiée.

Enjeu gazier confirmé, médias laminés

On pourrait aussi se fier à un article du commandant Rob Taylor, paru le 21 mars 2014 dans la prestigieuse publication militaire Armed Forces Journal, et que devraient lire les détracteurs d’une vision géopolitique du conflit syrien. En effet, Rob Taylor détruit littéralement la version médiatique dominante du conflit en Syrie, qui néglige l’aspect géopolitique et énergétique, mis justement au centre de son analyse par RFK Jr. Son article, intitulé « La politique de pipeline en Syrie », mérite d’être cité un peu longuement :

« Vous ne pouvez pas comprendre le conflit sans parler du gaz naturel. 

 

Une grande partie de la couverture médiatique suggère que le conflit en Syrie est une guerre civile, en laquelle le régime alaouite (chiite) de Bashar el-Assad se défend (et commet des atrocités) contre des factions de rebelles sunnites (qui commettent aussi des atrocités). L’explication réelle est plus simple : c’est une question d’argent. […]

 

Tout examen du conflit actuel en Syrie qui néglige l’économie géopolitique de la région est incomplet. (Presque tous les reportages dans les médias adoptent cette description.) […]

 

Le pétrole et les pipelines de gaz naturel apportent de grandes quantités de richesses aux États qui les contrôlent, attirant ainsi l’attention internationale, l’intrigue et, dans bien des cas, l’activité terroriste. […]

 

Vu à travers une lentille géopolitique et économique, le conflit en Syrie n’est pas une guerre civile, mais le résultat du jeu de plus grands acteurs internationaux se positionnant eux-mêmes sur l’échiquier géopolitique dans la préparation de l’ouverture du pipeline en 2016. […] L’Arabie saoudite et le Qatar, aussi bien qu’Al-Qaïda et d’autres groupes, manœuvrent pour destituer Assad et exploiter leur conquête de Damas, espérée par les sunnites. En faisant cela, ils espèrent gagner une partie du contrôle du « nouveau » gouvernement syrien et une partie des richesses du pipeline. […]

 

Les reportages qui ne tiennent pas compte du pipeline et de ses implications géopolitiques ignorent la réalité qui crève les yeux [« the elephant in the room« ]. »

Remarquons que l’article de Foreign Affairs dit sensiblement la même chose :

« La plupart des belligérants étrangers dans la guerre en Syrie sont des pays exportateurs de gaz, avec des intérêts dans l’un des deux projets de pipelines rivaux, qui cherchent à traverser le territoire syrien pour livrer le gaz qatari ou iranien en Europe. […]

 

Tout règlement politique de la crise en Syrie doit aussi concilier les intérêts gaziers rivaux. Une façon de faire serait de permettre aux deux pipelines d’être construits, pour que les gaz qatari et iranien puissent être mis sur le marché à bon prix. Cela résoudrait au moins un motif du conflit. En fait, il servirait raisonnablement bien les intérêts tous les acteurs, en dehors de la Russie. »

Une incertitude qui change peu de choses

Mais revenons à l’article de Robert Kennedy Jr. et aux quelques lignes douteuses que nous avons relevées. La question est de savoir si ces lignes changent quelque chose à l’essentiel de ce qui est dit, et qui n’est pas remis en question. Résumons ce que nous savons, et avec quel degré de certitude.

– En 2006, le Département d’État américain commence à financer secrètement des groupes d’opposants à Bachar el-Assad, dans la perspective d’un changement de régime. Un câble de WikiLeaks est, selon Julian Assange, particulièrement explicite sur la volonté américaine de déstabiliser le régime, en alimentant des tensions entre sunnites et chiites.

– En 2009, Assad refuse le pipeline qatari. À cette heure, nous n’avons pas la preuve de ce qu’avance Robert Kennedy Jr., à savoir que la CIA et d’autres protagonistes se mirent d’accord pour évincer Assad, en finançant des opposants, et permettre ainsi au projet de pipeline qatari d’aller à son terme.

– En juillet 2011, Assad signe un accord pour un second pipeline avec l’Iran, et avec la bénédiction de la Russie. À ce moment-là, l’aide étrangère aux opposants du régime augmente significativement. Dans le récent « Un Œil sur la Planète », Alain Juillet, ancien directeur du renseignement au sein de la DGSE, actuel président de l’Académie d’intelligence économique, affirme qu’en raison du choix d’Assad, l’Arabie saoudite et le Qatar décidèrent qu’il fallait le renverser. Nous savons même, grâce à John Kerry, que ces royaumes sunnites avaient offert de « payer la note » pour une invasion américaine en Syrie afin d’évincer Bachar el-Assad.

En novembre 2015, Alain Juillet tenait des propos similaires sur France Inter, exposant ce qui s’était passé immédiatement après la décision qatarie et saoudienne de renverser le président syrien :

« A ce moment-là, on va voir apparaître des opposants qui vont dire « il faut renverser Bachar parce que c’est un mauvais régime« , et certains Occidentaux vont embrayer là-dessus, donc on va voir le Qatar financer des mouvements, Jamal al-Nosra en particulier, qui est proche d’Al-Qaïda, et puis il y a Daech, un groupement qui, au départ, reçoit beaucoup d’argent de la part des Saoudiens et de la part des Qataris ».

En dépit du point d’interrogation sur les allégations de RFK Jr. pour 2009, l’essentiel nous semble sauf : une entreprise de déstabilisation de la Syrie par les États-Unis et les royaumes du Golfe a bien été lancée longtemps avant le Printemps arabe, et le motif énergétique semble bel et bien central dans l’aide massive fournie aux rebelles par le Qatar et l’Arabie saoudite à partir de l’été 2011.

Corrélation et causalité : le chant du coq fait-il se lever le soleil le matin ?

Venons-en au raisonnement de ceux qui ne veulent pas croire que le conflit syrien est, au moins largement, une affaire de pipelines. Sur le forum du site Hoax Buster, un intervenant s’inquiète, le 7 mars, de l’article de Robert Kennedy Jr. qui commence à circuler sur la Toile, et d’une possible manipulation de ses propos :

« Depuis quelques jours l’on voit sur les réseaux sociaux et quelques médias habitués de l’intox la déclaration de Robert Kennedy Jr sur les sources de la guerre en Syrie. Cela serait dû à la construction d’un pipeline souhaité en 2009 par le Qatar qui aurait eu une presque exclusivité du marché du gaz avec l’Europe. El Assad y étant opposé aurait refusé l’accord de laisser passer le pipeline en Syrie pour le compte de Putin… Cette info circule sur des sites comme agoravox ou autres égalité et réconciliation. Est ce une désinformation de la déclaration de Robert Kennedy ? »

Le lendemain, un autre intervenant lui répond :

« Admettons donc que ces faits sont avérés, de toute façon ça ne changera rien à la suite de la démonstration…

 

Le problème en effet n’est pas la véracité de ces faits, mais leur influence sur le déclenchement du conflit actuel.

 

Vu qu’ils ont eu lieu avant ledit conflit (et avant, d’après lui, diverses tentatives de déstabilisation par les services secrets américains, ce qu’il faudrait vérifier en épluchant Wikileaks), monsieur Kennedy, sans preuve aucune, en déduit que c’est la cause du conflit, commettant ainsi l’erreur bien connu en rhétorique sous le nom de « post hoc, ergo propter hoc » :

 

http://cortecs.org/materiel/leffet-atchoum-ou-post-hoc-ergo-propter-hoc

 

Or ce n’est pas parce que le soleil se lève après que les coqs aient chanté que ce sont eux qui le font se lever… »

Cette réaction mérite que l’on s’y attarde, et qu’on y réponde, car elle est quasi systématique dans la rhétorique « anti-complotiste ». Et elle se trouve justement, du fait de son usage quasi systématique, tantôt pertinente (comme dans le cas de la « théorie du complot » autour du virus Zika, dont ont parlé Libération et L’Express le mois dernier), tantôt parfaitement à côté de la plaque, comme dans le cas qui nous occupe.

D’abord, explicitons les termes rhétoriques qui nous sont opposés :

Post hoc, ergo propter hoc (expression latine signifiant à la suite de cela, donc à cause de cela) est un sophisme qui consiste à prendre pour la cause ce qui n’est qu’un antécédent ; c’est prétendre que si un évènement suit un autre, alors le premier doit être la cause du second. Il s’agit d’une erreur très tentante, car la séquence temporelle apparaît inhérente à la causalité. L’erreur est de conclure en se basant uniquement sur l’ordre des événements, plutôt que de tenir compte d’autres facteurs qui pourraient exclure la relation.

L’argument fallacieux peut être résumé ainsi :

  • A s’est produit, puis B s’est produit.
  • Donc, A a causé B.

Le fait que deux événements se succèdent n’implique pas que le premier soit la cause du second (Post hoc, non est propter hoc, c’est-à-dire après cela, mais pas à cause de cela).

Le post hoc est un sous-ensemble de ce que la zététique (ou « art du doute ») appelle l’effet cigogne, c’est-à-dire de toutes les confusions entre corrélation et causalité

Pour illustrer la prégnance de cette rhétorique, rappelons les propos tenus, le 9 février 2016, lors de la journée d’études « Réagir face aux théories du complot », par la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem :

« Les forces du complotisme viennent précisément de ce qu’il puise aux sources de la nature humaine, dans des spécificités qui sont aussi celles qui ont donné naissance au savoir et à la science.

 

La première d’entre elles, c’est la recherche des causes.

 

Si quelqu’un frappe à la porte, nous l’ouvrons. Et s’il n’y a personne, nous recherchons une explication : « Quelqu’un m’a fait une farce » ; « J’ai mal entendu ».

 

Mais à aucun moment, sauf dans une pièce de Ionesco, nous ne nous disons : « Parfois, quand on frappe à une porte, il y a quelqu’un, et, parfois, il n’y a personne. » Nous recherchons la cause de ce bruit.

 

De la même façon, si nous voyons quelqu’un sortir précipitamment d’une banque, et que, deux minutes après, cette banque explose, que nous disons-nous ? Soit que cette personne a posé la bombe. Soit qu’elle était au courant.

 

Pourtant, elle pouvait simplement avoir oublié d’aller chercher ses enfants à l’école. Ce qui justifie amplement une sortie aussi précipitée.

 

Ce que je désigne ici, est un phénomène bien connu, un réflexe qu’exploite le complotisme : la confusion entre la corrélation et la causalité.

 

Et s’il peut en jouer aussi facilement, et si c’est tellement efficace, c’est parce que notre cerveau aime comprendre. Aime créer des liens.

 

C’est cette quête permanente d’une explication à tout prix qui peut être reprise et détournée pour façonner des théories complotistes. »

L’exemple donné par la ministre, dont le but est de nous inciter à la plus grande prudence, eut été plus piquant si la personne sortant de la banque en courant, deux minutes avant qu’elle n’explose, avait porté une cagoule et laissé apercevoir une arme de poing… Aurait-il été alors raisonnable de ne point la soupçonner ? De penser qu’elle pouvait simplement avoir oublié d’aller chercher ses enfants à l’école ? Où l’on entrevoit qu’une illustration trop abstraite d’un biais cognitif (ici la confusion entre corrélation et causalité) n’est que peu pertinente pour prétendre réfuter un raisonnement comme celui de RFK Jr., profondément ancré dans un réel complexe, peuplé d’acteurs dont on connaît l’histoire, les forces, les intérêts, les alliances et parfois les intentions.

Question piégée : À qui profite le crime ?

Permettons-nous deux autres exemples de corrélations, de notre cru, qui nous rapprochent un peu de notre sujet.

Première situation : Monsieur A menace ostensiblement de mort, devant témoins, Monsieur B. Le lendemain, on retrouve Monsieur B mort poignardé. Cela ne prouve certes en rien que Monsieur A est le coupable. Il se peut très bien que ce soit l’épouse de Monsieur B qui, lors d’une énième dispute, lui ai planté un couteau dans le coeur. Pour autant, il n’est pas illégitime de faire de Monsieur A un suspect, et même le principal suspect.

Deuxième situation : Monsieur A vit seul, il est très âgé et se trouve avoir amassé une véritable fortune. Un jour, il modifie dans le plus grand secret son testament, déshérite ses enfants, et lègue tout à Monsieur B, truand notoire. La semaine suivante, on retrouve Monsieur A « suicidé » de trois balles dans la tête. Là encore, nous n’avons pas la moindre preuve de la culpabilité de Monsieur B, et nous pouvons tout à fait imaginer que les deux hommes se sont liés d’amitié, que Monsieur A s’est subitement souvenu qu’il haïssait ses enfants, et qu’il a réussi un suicide hors du commun.

Selon notre ministre de l’Éducation nationale, les soupçons que nous pouvons avoir face à ce genre de situation seraient-ils le signe que le « complotisme » nous guette ? Certes pas, du moins nous l’espérons ; le « complotisme » consisterait plutôt à affirmer de manière dogmatique, obtuse, bornée, que le coupable est nécessairement celui à qui profite le crime, ou, plus exactement, celui à qui le crime semble profiter le plus. Or, si le coupable profite généralement du crime qu’il commet (d’où la pertinence, intacte, de la question « À qui profite le crime ? »), il n’est pas forcément celui qui en profite le plus ; en outre, il peut être difficile, entre plusieurs bénéficiaires, de déterminer lequel en a vraiment le plus profité.

Le politologue Pierre-André Taguieff le dit à sa façon : « Le détective qui est en nous se pose la question : « À qui profite le crime ? », et croit naïvement pouvoir identifier les responsables d’un acte criminel en répondant simplement à cette question. » Mais l’écueil du propos de Taguieff, comme celui d’autres pourfendeurs du « complotisme », c’est de donner parfois l’impression que la question « À qui profite le crime ? » s’inscrit déjà, en tant que telle, dans la « rhétorique du complot », telle qu’elle nous est par exemple présentée sur le site du ministère de l’Éducation nationale :

« À qui profite le crime ?

 

Il s’agit d’un topos caractéristique qui permet de reconstruire les événements a posteriori en démontrant qu’ils ont finalement atteint le but qui est censé être celui du complot. Ainsi, certaines théories du complot autour du 11 septembre partent du principe que le gouvernement américain souhaitait mener une guerre en Irak pour s’approprier son pétrole et considèrent donc que ce dernier est celui qui profite le plus du 11 septembre. »

Or, si l’on associe systématiquement cette question, parfaitement naturelle et légitime, à une rhétorique présentée comme infamante, et aux raisonnements aberrants auxquels elle peut mener si l’on se contente d’y répondre, sans réelle investigation, on s’interdit de questionner le moindre crime ; on ne s’autorise plus qu’à recueillir sagement les versions officielles qui nous seront gentiment servies par les autorités.

Ainsi, voici comment, en 1894, dans un article satirique du New York Times, on tournait en dérision ceux qui posaient la question « À qui profite le crime ? », selon le compte rendu qu’en a fait le journaliste Nicolas Chevassus-au-Louis dans son livre Théories du complot, on nous cache tout, on nous dit rien :

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Début du chapitre 2 : « Aux sources du conspirationnisme »

Puisque les philatélistes ont profité de la guerre de Sécession – car qui dit nouveaux États dit nouveaux timbres –, la guerre de Sécession est donc l’œuvre des philatélistes. Le ridicule de ce genre de syllogisme tend à ridiculiser subtilement, dans le même mouvement, l’attitude consistant à demander, après un crime entouré d’obscurité, à qui il a pu profiter.

« Théorie du complot » : l’étiquette tueuse d’intelligence

De même, en usant de l’expression « théories du complot » à tout bout de champ, on fait d’une pierre deux coups : on décrédibilise, certes, certaines théories délirantes, mais on dissuade aussi les citoyens de rester sur leurs gardes et de contrôler les différents pouvoirs qui les manipulent ou les oppriment.

En amalgamant les sujets les plus sérieux (questionnements sur des guerres, des attentats, des assassinats politiques, etc.) aux sujets les plus grotesques (domination du monde par les extraterrestres, les reptiliens… les philatélistes), on musèle le débat public, comme l’a d’ailleurs fait à dessein la CIA, à partir de 1964, pour ridiculiser les doutes émis par le peuple américain au sujet des conclusions de la Commission Warren ; c’est ce que relevait sur RT, en août 2013, Lance deHaven-Smith, professeur à la Reubin O’D. Askew School of Public Administration and Policy de l’Université de Floride, et auteur de Conspiracy Theory in America, publié aux Presses de l’Université du Texas :

« Il est très important de comprendre que le terme « théories du complot » est une étiquette générale, qui ne fait aucune distinction entre une idée folle et une idée très réaliste, il ne dépeint les choses que schématiquement. Et ce que nous devons faire, à l’inverse, c’est de dire précisément ce sur quoi porte notre soupçon, de montrer les éléments qui motivent notre volonté de parler de ces choses, afin de sortir de cette tentative de mettre un terme définitif à ces conversations. Car ces méthodes [d’intimidation] sapent réellement le débat public, en le rendant très difficile. »

On aura compris que ces amalgames sont, au moins parfois, faits exprès, dans le cadre d’une guerre de l’information, comme nous en faisait d’ailleurs part le très informé site Reflets le 5 décembre 2011 :

« Parce qu’il faut être bien clair : si les États ne complotent pas en permanence, ils le font quand même. C’est-à-dire qu’ils font des choses qu’ils ne veulent pas que leurs populations sachent. Comme des organisations plus ou moins secrètes ou des entreprises. […] Le conspirationnisme « bien géré » est un outil redoutable pour empêcher les débats, la contestation de certaines réalités troubles, de volontés de haut niveau peu claires. […]

 

Les spécialistes en stratégie de l’information estiment qu’une partie des théories sont montées par les États eux-mêmes ou bien récupérées par des États qui les accentuent, les modifient un peu, pour mieux s’en servir comme paravent ou comme outil de manipulation de l’opinion : « vous n’allez quand même pas me demander de parler de ça, on sait très bien que c’est du conspirationnisme, très peu pour moi ! » est une méthode politique de plus en plus courante. »

Dans la plupart des cas, cependant, la rhétorique « anti-complotiste » grossière est le fait de simples « perroquets » en manque de réflexion sérieuse. Exemple flagrant :

« Les partisans du complotisme cherchent à combler les « blancs » de l’histoire, c’est-à-dire les faits, qui permettent de comprendre un événement important, par exemple les raisons de l’assassinat du président Kennedy ou des attentats du 11 Septembre. »

Ces propos extravagants, accusant de « complotisme » tous ceux qui « cherchent à […] comprendre un événement important  » (les historiens ? les journalistes ? Valéry Giscard d’Estaing ? John Kerry ?), n’ont pas été tenus au café du commerce par un membre de ces « légions d’imbéciles, dixit Umberto Eco, qui, avant [Internet], ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité  », mais par un politologue, Stéphane François, interviewé par Libération le 11 mars, dans le cadre d’un dossier « Grand complot » (dossier au demeurant consternant, dépourvu de la moindre nuance, où l’on n’apprend rien, où l’on disserte sur « les conspirationnistes », un peu comme d’autres dissertent sur « les juifs » ou « les musulmans », dans un amalgame permanent et peu ragoûtant, copié-collé de cent autres dossiers fabriqués dans le même moule depuis dix ans).

La presse, qui se vautre ces derniers temps dans cette thématique émoustillante du « complotisme », ne semble pas en mesure d’en extraire un brin d’intelligence. Ainsi, pas plus tard encore que le 11 mars, c’est un article du Point, signé Hélène Vissière, qui titrait tout de go : « Donald Trump, théoricien du complot ». Au milieu de divers propos peu sérieux du milliardaire, que celui-ci tiendrait « par calcul politique » selon la journaliste, on lit ceci :

« Récemment, lors d’un meeting électoral, il a affirmé que s’il était élu, il donnerait les noms de ceux « qui ont vraiment fait tomber le World Trade Center« , sous-entendant que l’on ne savait toujours pas qui avait financé les attentats. »

Notez que l’article du Point ne dit rien de plus de cette déclaration, peu claire en l’état, de Donald Trump. Or, si l’on va à la source, par exemple sur le site Real Clear Politics, on trouve sa déclaration complète (avec la vidéo) :

« We went after Iraq, they did not knock down the World Trade Center. It wasn’t the Iraqis that knocked down the World Trade Center, we went after Iraq, we decimated the country, Iran’s taking over, okay.

 

But it wasn’t the Iraqis, you will find out who really knocked down the World Trade Center. Because they have papers in there that are very secret, you may find it’s the Saudis, okay ? But you will find out. »

Comme le précise Real Clear Politics, Trump fait ici allusion aux 28 pages classifiées, qui indiqueraient une implication de l’Arabie saoudite dans l’organisation des attentats du 11-Septembre, et dont a souvent parlé, depuis 2002, l’ancien sénateur de Floride Bob Graham, qui fut aussi président de la Commission du renseignement et co-président de la Congressionnal Joint Inquiry sur le 11-Septembre.

La retranscription de la journaliste du Point est véritablement scandaleuse, d’une part, parce qu’elle ne fournit qu’un élément d’information décontextualisé, qui rend le propos de Trump incompréhensible, et, d’autre part, parce qu’elle semble s’offusquer que le candidat républicain à la Maison-Blanche sous-entende que l’on ne sait toujours pas qui a financé les attentats ; or, la Commission d’enquête elle-même reconnaissait dans son rapport, page 172, n’avoir pas été en mesure de déterminer l’origine du financement de ces attentats :

« To date, the U.S. government has not been able to determine the origin of the money used for the 9/11 attacks. Ultimately the question is of little practical significance. »

Pire : 28 pages censurées depuis bientôt 14 ans, dont toute la presse française connaît l’existence, pourraient potentiellement montrer du doigt un nouveau financier. Et c’est sans parler du financement des services de renseignement pakistanais, dont nous avions examiné la possibilité dans un article de 2007, qui avait auparavant été évoqué (comme fort probable) par Bernard-Henri Lévy dans Qui a tué Danel Pearl ? (Grasset, 2003, p. 381-387), puis par Éric Laurent dans La face cachée du 11-Septembre (Plon, 2004, p. 215-216), avant qu’une émission de France Inter ne juge cette relation certaine. De qui se moque Le Point ?

Croire ou ne pas croire à la coïncidence – telle est la question

Venons-en, après cette petite digression, à la corrélation mise en évidence par Robert Kennedy Jr. (non pas celle de 2009, qui reste douteuse, mais celle de 2011), et moquée par le contributeur de Hoax Buster. Corrélation faisant causalité, rappelons-le, sans la moindre ambiguïté, pour un ancien directeur du renseignement au sein de la DGSE…

En juillet 2011, Assad signe un accord pour un pipeline avec l’Iran, après avoir refusé celui du Qatar (événement A) ; le Qatar et l’Arabie saoudite, furieux de ce choix, considèrent qu’il faut renverser Assad pour mener leur propre projet de pipeline à terme (événement B) ; au même moment, les groupes d’opposants au régime commencent à recevoir une aide décuplée, en provenance du Qatar, d’Arabie saoudite et de Turquie (événement C). Ne peut-on pas raisonnablement en conclure que A est cause de B, qui est cause de C ?

Pour certains zététiciens, qui ne sont pas encore passés tout à fait maîtres dans l’art du doute (encore un effort petit scarabée…), cette déduction est du même ordre que considérer que, le chant du coq précédant le lever du soleil, le chant du coq est la cause du lever du soleil… Peut-on réellement prendre ce genre de comparaison oiseuse au sérieux ? Faudrait-il croire que le Qatar a déversé 3 milliars de dollars, entre 2011 et 2013, pour renforcer l’insurrection en Syrie, sans que cela n’ait le moindre rapport avec son projet de pipeline ? Faudrait-il pousser la prudence jusqu’à rejeter ce qui apparaît comme une quasi évidence ? Douter à l’infini, jusqu’à ce qu’on trouve un bout de papier avec les aveux, écrits noir sur blanc dessus, de l’émir du Qatar ? On reproche souvent aux « complotistes » d’avoir un usage excessif du doute. Ici, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !

L’ennui, avec nombre de ces experts en rhétorique (parfois aussi en psychologie sociale), c’est qu’ils analysent tout à l’aune de leur savoir théorique propre (la rhétorique, la psychologie), mais ne semblent pas s’enquérir de matière, en s’informant de manière un peu poussée, pour penser le réel. Ils n’évoquent jamais le fond des sujets (pas le temps, sans doute, trop compliqué, « inutile » même selon le sociologue Gérald Bronner…), et se bornent à une analyse formelle, à l’analyse d’une pseudo rhétorique. Comme si l’on pouvait découvrir la vérité d’une chose en n’observant que la forme du discours du savant qui l’étudie… Chose que l’on n’observe finalement jamais soi-même, par un refus de principe. Étrange rejet obstiné de l’empirisme au profit d’un formalisme auto-suffisant (et au combien reposant).

Ainsi, le rhétoricien de Hoax Buster, sans connaissance particulière du sujet qu’il traite, considère que les faits qui, selon RFK Jr., ont été cause de la guerre en Syrie (le refus du pipeline A et le choix du pipeline B), ayant « eu lieu avant ledit conflit », on ne peut, faute de preuve, en déduire qu’ils ont eu une influence « sur le déclenchement du conflit actuel ». Or, d’une part, le choix du pipeline B (en juillet 2011) a eu lieu, non pas avant, mais pendant le conflit (qui a commencé en mars 2011), et, d’autre part, l’important n’est pas tant de savoir comment le conflit a commencé (même si Jeffrey Sachs évoque que, « dès mars ou avril 2011, des combattants sunnites anti-régime et des armes [ont probablement] commencé d’entrer en Syrie par les pays voisins ») que comment il s’est embrasé ; et cela, nous le savons. Il s’est embrasé à partir d’août 2011, avec l’envoi massif d’armes et d’argent aux rebelles et aux jihadistes, et, comme le dit Sachs, la déclaration d’Obama et de Clinton exigeant d’Assad qu’il quitte le pouvoir.

On ne peut décidément pas espérer comprendre la géopolitique mondiale en ne brandissant que « l’effet cigogne » et des histoires de coqs qui chantent au soleil levant.

Cette prudence presque excessive, à laquelle nous cantonnent les experts en rhétorique, se retrouve d’ailleurs dans le numéro d’« Un Œil sur la Planète » dont nous parlions. Juste après l’intervention d’Alain Juillet, qui démolit toute idée de simple coïncidence, le journaliste qui s’exprime, en voix off, se trouve pris dans le dilemme shakespearien de notre temps – croire ou ne pas croire à la coïncidence, telle est la question – et s’abstient de prendre position : « Coïncidence ou pas, c’est à partir de l’été 2011, après le choix du pipeline iranien, que la rébellion syrienne voit l’aide étrangère s’accroître.  » Choisir le lien de causalité eut été taxé de « complotisme », sans doute… Mais choisir la simple corrélation aurait semblé franchement trop frileux. Alors, le reportage dit sans dire, en se réfugiant derrière la parole d’un autre (qui défend clairement la thèse de la guerre pour l’énergie), mais sans en endosser soi-même la responsabilité.

La morale du funambule

Si la déduction opérée par RFK Jr. paraît hautement probable (ne parlons que de déduction tant que nous n’avons pas les éventuels câbles de 2009 qui prouveraient définitivement ses allégations), d’autres sont, reconnaissons-le, parfois plus périlleuses. Ainsi, après avoir noté que des membres du Pentagone semblaient, dans un rapport, approuver l’apparition prévisible du califat de l’État islamique, RFK Jr. faisait cette remarque un brin suspicieuse :

« Ce n’est pas une coïncidence, les régions de Syrie occupées par l’État islamique englobent exactement la route proposée pour le pipeline du Qatar. »

Une observation qui frise le « complotisme », diront certains… puisque RFK Jr. ne semble point croire à la simple corrélation. Il paraît plutôt penser que la présence de l’EIIL sur le tracé du pipeline qu’avait refusé Bachar el-Assad n’est pas tout à fait le fruit du hasard (comme si on l’avait installé là exprès pour servir les intérêts saoudiens et qataris).

Cette remarque de RFK Jr. nous en avait d’ailleurs rappelé une autre, faite le 14 février 2002 par le journaliste israélien Uri Avnery dans Maariv :

« Si l’on regarde la carte des grandes bases militaires américaines créées [durant la guerre en Afghanistan], on est frappé par le fait qu’elles sont situées exactement sur la route de l’oléoduc prévu vers l’océan Indien. […] Oussama Ben Laden n’avait pas perçu que son action servirait les intérêts américains… Si j’étais un adepte de la théorie du complot, je penserais que Ben Laden est un agent américain. Ne l’étant pas, je ne peux que m’émerveiller de la coïncidence. »

Face à de telles coïncidences, l’esprit tangue… et doit continuer de tanguer (pour qui n’a pas le mal de mer). Car rien ne prouve la causalité, mais rien n’assure non plus qu’il ne s’agit que d’une misérable corrélation. D’où la nécessité de continuer à investiguer.

Permettons-nous encore un autre exemple de corrélation, relatif au 11-Septembre. Il se trouve que des exercices de simulation militaires avaient lieu le matin même du 11 septembre 2001, qui semblent avoir favorisé quelque peu l’action des terroristes en semant la confusion. Parmi les exercices du jour, on trouvait des simulations de détournements d’avions, comme nous l’apprenait Vanity Fair d’août 2006. Un autre exercice mené par le NRO (National Reconnaissance Office) visait à simuler le crash accidentel d’un petit avion sur l’une des tours de son quartier général, nous apprenait Associated Press. Cette agence du ministère de la Défense est située à 40 kilomètres du Pentagone et à 6,5 kilomètres de l’aéroport international Dulles de Washington, d’où décolla, 50 minutes avant le début de l’exercice, le Boeing qui s’écrasa… sur le Pentagone. « Bizarre coïncidence » selon le gouvernement américain, « incroyable coïncidence » selon le porte-parole du NRO…

Un esprit « sain », selon les zététiciens, s’émerveillera peut-être de la coïncidence, de la concomitance, mais conclura (faute de preuve) à une simple corrélation. L’esprit « complotiste », lui, déduira de la corrélation un lien de causalité, et imaginera que si les attentats ont en lieu pendant les exercices, c’est que des membres de l’appareil d’État américain ont fait en sorte qu’ils aient lieu ce jour-là, à ce moment-là, pour faciliter leur réalisation, dont ils pouvaient tirer profit. C’est très exactement, souvenons-nous-en, l’opinion qu’émettait le géopolitologue Aymeric Chauprade dans un entretien d’octobre 2011, précisant que ce genre d’exercices avait eu lieu en d’autres occasions, notamment lors des attentats de Londres en 2005.

Ce jeu de ping-pong incessant entre adeptes de la corrélation et aficionados de la causalité, cheveux blonds de l’anti-complotisme militant et cheveux gris de la conspiration intégrale, têtes trop dures, chacune à leur façon, à qui on ne la fait pas, quel que soit l’objet de leur morgue, nous évoque, osons le dire, une chanson peu amène, mais néanmoins fraternelle, de Georges Brassens

Méditez l’impartial message,
D’un qui balance entre deux âges,

 

Le temps ne fait rien à l’affaire,
Quand on est con, on est con.
Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père,
Quand on est con, on est con.
Entre vous, plus de controverses,
Cons caducs ou cons débutants,
Petits cons de la dernière averse,
Vieux cons des neiges d’antan…

Moralité : que chacun s’efforce de balancer entre les deux écueils au milieu desquels nous avons tenté ici de naviguer, entre cette rhétorique spécieuse, faussement intelligente, purement formelle, qui nous désarme contre les complots réels à débusquer, et celle, tout aussi spécieuse, qui nous désarme également, de par son systématisme idiot. À la vérité, loin des caricatures de grands naïfs ou de grands paranos qu’on nous sert souvent, je crois que nous ne nous en sortons pas si mal ici… Nous naviguons plutôt bien.

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